Peut-on lire la Bible comme un texte en faveur de l’éducation ?
La Bible ne parle pas directement d’éducation comme levier de lutte contre la pauvreté. Pourtant, une lecture attentive de ses textes permet d’éclairer autrement les enjeux contemporains liés à l’accès au savoir, à la dignité et à la participation à la vie sociale.
Les thèmes de la scolarisation et de la formation professionnelle sont cruciaux pour la réponse à la pauvreté dans le monde d’aujourd’hui. Il en allait différemment dans les contextes dans lesquels la Bible a été écrite.
Des principes pour organiser la société
On y trouve des exhortations à partager avec les démunis, des dénonciations des injustices qu’ils subissaient et même des indications sur la manière d’organiser la société de façon à faire une véritable place pour le pauvre et à lui permettre d’éviter les situations les plus dégradantes, d’améliorer ses conditions de vie et de profiter des bénédictions que Dieu accordait à son peuple.
Par contre, il n’est pas question d’éducation en rapport avec le sujet de la pauvreté. On ne pourrait pas dire que la Bible nous encourage de façon directe à promouvoir l’alphabétisation pour faire reculer la pauvreté ou à accompagner des adolescents de famille démunies pour qu’ils se projettent dans un métier et puissent en vivre dignement et faire vivre leur famille ensuite.
Une transposition des principes bibliques
Cela ne veut pourtant pas dire que l’Écriture n’a rien à nous dire sur le sujet. Dans la loi de Moïse, Dieu avait prévu que la terre promise soit partagée entre les tribus et les familles de telle sorte que celui qui avait vendu sa propriété (en particulier parce qu’il était pressé par le besoin), la retrouvait l’année du Jubilé, soit au maximum au bout de 49 ans. Dans une société rurale comme l’était l’Israël ancien, la terre était pour beaucoup un moyen de travail et de production pour pourvoir à ses besoins. La loi cherchait à ce que le plus grand nombre puisse en bénéficier.
Le théologien mennonite Ron Sider, après avoir constaté qu’il ne s’agit pas d’appliquer de telles dispositions à la situation du début du 21e siècle commente :
Une application fidèle de ces textes bibliques dans de telles sociétés [la société industrielle et la société de l’information] signifie trouver des mécanismes qui offrent à chacun l’occasion de participer à la propriété de ces ressources productives, en garantissant dans une société de l’information, par exemple, que chaque enfant ait une occasion véritable de recevoir une éducation de qualité.
Il y a bien sûr de vraies différences entre la loi du Jubilé et l’accès à l’éducation pour tous : la première avait à voir avec la relation d’un peuple choisi par Dieu avec une terre. Elle inculquait la notion de « rachat » et offrait une image à l’avance de la libération qui serait apportée par Jésus. Néanmoins la suggestion de Sider reste pertinente : elle montre l’importance d’organiser la société de manière à ouvrir au maximum l’accès aux moyens de vivre, de faire vivre les siens et de contribuer au bien commun. En Israël cela passait souvent par une terre. Aujourd’hui dans la plupart des cas cela nécessite l’éducation, la scolarisation et la formation professionnelle. Et il y a bien aussi quelque chose de libérateur dans le simple fait de savoir lire – pour ne rien dire de celui de pouvoir se projeter dans des perspectives d’activités rémunératrices concrètes.
Connaissance et vocation humaine dans la Bible
On peut aller plus loin : la Bible semble valoriser une certaine forme d’acquisition des connaissances. La première activité humaine qu’elle nous montre est celle qui consiste à nommer les animaux (Genèse 2.19-20). C’est de cette façon qu’il commence à accomplir le mandat de les « dominer » : en leur donnant des noms, reflétant ainsi à son niveau la seigneurie du Dieu qui les a créés avec sagesse par sa Parole. Le projet de société donné par le Seigneur aux humains auquel tous sont appelés à participer passe par un développement de l’observation, de l’intelligence, des connaissances, et même de la science. Cela a pu se faire de toutes sortes de manière au cours des siècles mais certainement pour le temps présent la scolarisation et la formation professionnelle y jouent un rôle de premier plan en particulier pour les personnes qui vivent dans la pauvreté et qui sont marginalisés dans leur participation à cette mission donnée par Dieu à l’humanité.
L’Évangile, de la lecture à la transformation
Enfin, faut-il rappeler l’évidence ? La Bible est un livre ou mieux une bibliothèque ! La forme dans laquelle la Parole de Dieu nous parvient devrait encourager l’alphabétisation. Le message du salut en Jésus-Christ qui en est le cœur ne concerne certes pas prioritairement des questions d’éducation mais il entraîne par ricochet toutes sortes d’effets pour la vie terrestre : quand il est compris et reçu en profondeur, il libère intérieurement et rend capable de s’impliquer en chrétien dans l’ensemble des domaines de la vie. Il soutient l’effort pour apprendre, se former, travailler. L’Évangile se révèle ainsi indirectement être un facteur de développement.