Burkina Faso, Haïti et RDC : 3 crises oubliées
Tandis que l’actualité mondiale est dominée par certains conflits très médiatisés, d’autres crises, tout aussi graves, sombrent dans l’oubli. Longues, complexes et peu visibles, des situations, comme celles qui touchent l’est de la République Démocratique du Congo, le Burkina Faso ou Haïti, continuent pourtant de bouleverser des vies. Des millions de personnes sont déplacées et confrontées à l’insécurité, loin des projecteurs, mais non sans espoir, car sur le terrain, nos partenaires locaux agissent sans relâche pour soulager ces souffrances ignorées.
Burkina Faso : un souffle d’humanité
Le Burkina Faso traverse l’une des pires crises humanitaires actuelles, alimentée par l’insécurité due aux attaques répétées de groupes armés. Depuis 2019, les violences djihadistes se sont intensifiées, provoquant des massacres de civils, des déplacements massifs de populations et l’effondrement des services de base dans de vastes régions du pays. En 2025, on compte plus de 2 millions de déplacés internes. Malgré cette situation dramatique et largement oubliée de la scène internationale, des organisations locales viennent en aide aux déplacés.
Parmi elles, l’organisation FAIR permet à des femmes de trouver un nouveau souffle après avoir vécu l’horreur. Salimata a fui son village avec ses enfants, arrêtée en chemin par des hommes armés qui les ont dépouillés mais laissés en vie. Habibou a survécu en mangeant des feuilles d’arbres, incapable de se procurer du riz ou du maïs, et a utilisé des cendres pour faire la lessive. Awa, autrefois aisée, a tout perdu, y compris ses deux fils enlevés par les djihadistes. Après des mois d’errance, ces femmes ont trouvé refuge en périphérie de Ouagadougou. Elles ont pris l’initiative de contacter l’organisation FAIR déterminées à reprendre leur avenir en main. Leur volonté d’agir a trouvé un écho : FAIR leur a donné un cadre pour se reconstruire ensemble.
À travers la fabrication de savon, la production de farine de maïs, de pâte d’arachide et de tissus traditionnels, elles reprennent pied petit à petit. Un groupe d’épargne solidaire leur permet aujourd’hui d’emprunter et d’investir, leur offrant une chance concrète de reconstruire leur vie malgré les traumatismes encore vifs. Cette initiative leur permet de retrouver une forme d’autonomie, de dignité, et surtout, un nouvel espoir.
République Démocratique du Congo : face au désespoir
La République démocratique du Congo continue de s’enfoncer dans une crise humanitaire alarmante. Les déplacements massifs, les violences sexuelles utilisées comme arme de guerre, l’insécurité alimentaire aiguë, les épidémies et l’effondrement des services de base à l’Est du pays frappent des millions de civils. Confrontée à la diminution de l’aide internationale, une population déjà fragilisée par des années de conflit se retrouve à bout de ressources et d’énergie.
À Goma, des milliers de familles déplacées vivent dans des conditions extrêmes. C’est le cas de Furah, 32 ans, contrainte de fuir à plusieurs reprises avec ses enfants et sa mère, après le démantèlement brutal de son camp, sous les tirs croisés entre armée et groupes rebelles. Réfugiée dans une école primaire surpeuplée, elle témoigne d’un quotidien marqué par la faim, la peur, et des actes de survie douloureux : certaines femmes étant réduites à se prostituer pour nourrir leurs proches.
C’est dans ce contexte désespéré que l’intervention de l’organisation BYK a marqué un tournant : distribution d’aide alimentaire, prise en charge psychologique des victimes de violences sexuelles, orientation vers les hôpitaux… Autant de gestes concrets qui ont permis à Furah et à bien d’autres de retrouver un semblant de dignité, dans une situation où tout semblait perdu.
Haïti : histoires de pertes et d’espoir
En Haïti, depuis plusieurs années, la violence des gangs a plongé le pays dans l’insécurité, affectant lourdement les populations locales : enlèvements, assassinats, fusillades de masse, blocage de l’approvisionnement de la capitale… Dans cette crise humanitaire qui ne voit pas encore d’issue, l’Union des Églises Baptistes d’Haïti (UEBH) s’est mobilisée dès le début pour apporter de l’espoir aux populations affectées.
En 2024, l’UEBH a lancé un projet d’urgence pour soutenir les familles déplacées dans les régions de l’Ouest et de l’Artibonite. Ces deux zones sont les plus touchées par l’insécurité et la crise humanitaire que traversent le pays depuis plus de 5 ans.
Face à cette violence, plusieurs familles haïtiennes ont vu leur vie basculer. Le pasteur Wilner, a dû fuir sa maison saccagée avec sa famille, au milieu d’agressions armées. Edwine, elle, a tout perdu en une journée lorsque des bandits ont incendié sa maison familiale. Irline, mère de famille déplacée, a trouvé refuge dans une église après avoir fui les attaques de gangs ; elle témoigne d’un accueil fraternel et solidaire qui l’a profondément marquée. Wideline, de son côté, veuve et mère de cinq enfants, n’avait plus les moyens de subvenir aux besoins de sa famille dans un climat d’insécurité permanent.
Dans ces contextes de détresse extrême, l’aide apportée par l’UEBH a été un véritable soulagement : elle a permis à ces familles d’acheter de la nourriture, des vêtements et de retrouver un minimum de dignité. Ces actions ont redonné un souffle d’espoir à des vies brisées, dans un pays où l’entraide reste une force vitale.
Voir, entendre, soutenir
Burkina Faso, Haïti, RDC : ces pays partagent une réalité commune – celle de crises prolongées, souvent invisibles, mais profondément destructrices. Derrière chaque chiffre, il y a des visages, des familles, des récits de fuite, de perte et de résilience. Si la réponse internationale reste parfois incomplète, des partenaires locaux comme BYK, FAIR, l’UEBH et bien d’autres, jouent un rôle déterminant. Ils agissent là où l’urgence est quotidienne, avec peu de moyens mais une volonté et une foi immenses. Ces initiatives rappellent qu’il est encore possible de faire une différence, et que l’oubli n’est pas une fatalité. Ce sont ces gestes de proximité, porteurs de dignité et d’espoir, qui méritent d’être vus, entendus… et soutenus.