Le blog
En détails

Vivre le travail autrement, une clef dans la lutte contre la pauvreté ?

Souvent pénible, parfois injuste, le travail n’en demeure pas moins une part essentielle de la mission donnée par Dieu aux humains. A la lumière de la Bible, il est même fondamentalement bon et peut redevenir un lieu de dignité, de partage et d’espérance, en particulier pour les plus pauvres.

Image de deux personnes en train de discuter.

La pauvreté peut se décrire en termes de carences dans la satisfaction des besoins terrestres de base : la nourriture, une eau potable en quantité suffisante, le vêtement, le logement et d’autres du même genre. Pourtant, on aurait tort de croire que le remède à y apporter consisterait uniquement à fournir aux personnes et aux populations concernées les biens manquants. Dans une première approche, il peut certes se révéler utile de commencer par donner. Mais sur le long terme, il s’agit plutôt de permettre à chacun de se procurer lui-même ce qu’il lui faut. Apparaît ainsi un lien entre le sujet de la pauvreté et celui du travail. 

Le travail : don de Dieu ou conséquence du péché ? 

Les pays occidentaux ont expérimenté le drame que représente le chômage de masse. Nous savons qu’il est préférable d’avoir un emploi que de subir une inactivité forcée. Mais cela n’empêche pas un certain nombre d’entre nous de penser que le travail reste un moindre mal. Nombreux sont ceux qui aimeraient pouvoir se dire avec l’homme de la parabole : « Mon âme, tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années ; repose-toi, mange, bois et réjouis-toi. » (Luc 12.19) 

Après le péché, Dieu dit à l’homme qu’il mangera son pain à la sueur de son visage et que c’est avec peine qu’il tirera sa nourriture du sol (Genèse 3.19, 17). Certains lecteurs semblent en avoir conclu que le travail était une conséquence du péché – comme si le paradis perdu était un lieu de loisirs et l’éternité future une sorte de culte (ou de chorale) sans fin. 

Image d'une femme en train de travailler à l'aide d'une machine.

Pourtant ce n’est pas ainsi que la Bible s’exprime. Au commencement Dieu donne une mission à l’homme et à la femme : être féconds, multiplier, remplir la terre et la soumettre (Genèse 1.28). Cela se décline dans la suite du texte avec le fait de cultiver le jardin et de le garder et encore de donner un nom aux animaux (Genèse 2.15, 19-20). Décrivant l’ordre de la création dans sa bonté voulue par Dieu, le Psalmiste parle du soleil qui se lève et nous dit ceci : « L’homme sort (pour se rendre) à son ouvrage et à son travail jusqu’au soir. » Il ajoute immédiatement : « Que tes œuvres sont en grand nombre, ô Éternel ! Tu les as toutes faites avec sagesse. La terre est remplie de ce que tu possèdes. » (Psaume 104.22-24) Que l’homme travaille est un reflet de la sagesse du Seigneur – qui est lui-même un Dieu qui travaille (cf. Jean 5.17). Dans ce cadre, notre activité fait sens : les humains participent à un projet divin et se procurent ce dont ils ont besoin pour vivre. Pour parler de l’état éternel des rachetés, l’Écriture utilise entre autres le vocabulaire du travail : ils régneront, recevront le gouvernement de villes (Apocalypse 22.5, Luc 19.17, 19). Même s’il s’agit d’images cela nous montre à quel point nous avons affaire à une réalité positive. 

Qu’est-ce qui ne va pas avec le travail ? 

Ce qui est une conséquence du péché, c’est que le travail est devenu pénible. Il est difficile à accomplir, souvent frustrant et vécu dans la tension. Tous ceux qui ont un emploi ou une activité professionnelle le savent ! Le travail ne produit pas toujours les résultats que l’on en attendrait, il est aussi un lieu d’exploitation et de manifestation de la méchanceté des hommes. C’est ainsi que Job fait, concernant les pauvres, ce constat encore si actuel : 

Ils sont tout nus, sans vêtement, Et affamés, ils portent les gerbes ; Dans les enclos ils font de l’huile, Ils foulent le pressoir et pourtant ils ont soif […] (24.10-11)

Le texte biblique parle ici de gens qui ont un travail mais qui ne peuvent pas en vivre dignement : ils sont tout nus et affamés. Leurs besoins terrestres de base ne sont pas satisfaits. L’ironie cruelle de leur situation est soulignée car ils ont faim alors qu’ils transportent de la nourriture et ont soif au milieu du pressoir qui produit le vin. Peu de versets avant il avait été dit qu’ils coupaient le fourrage dans la campagne et vendangeaient la vigne du méchant (24.6). 

Image d'un homme en train de labourer la terre.

La création a été soumise à la vanité dit l’apôtre Paul en reprenant le refrain de l’Ecclésiaste (cf. Romains 8.20). Notre travail est marqué par les conséquences du péché et ce serait une illusion que de penser que nous pourrions les éradiquer de ce monde. Il est surprenant de constater à quel point nos exigences d’« épanouissement » dans le cadre professionnel semblent parfois faire l’impasse sur le fait que nous vivons dans un monde déchu. 

Mais peut-on quand même viser une amélioration des conditions de travail ? 

Ce n’est pas parce que le travail est devenu pénible que nous devrions nous résigner à subir sans rien faire toutes les formes de souffrances qui caractérisent l’activité humaine aujourd’hui. 

La Bible elle-même nous montre l’exemple. Dans l’Ancien Testament la loi de Moïse contenait toutes sortes de dispositions qu’il ne s’agit pas forcément de reprendre telles quelles dans nos législations contemporaines mais dont les principes nous instruisent sur une manière plus juste d’organiser la société quand les conditions de vie ne sont pas idéales. Les prophètes ont aussi montré comment les appliquer. Par exemple ? L’obligation de payer en temps et en heure le salarié, l’interdiction de priver le travailleur pauvre de son outil de travail sous prétexte d’une dette, la dénonciation de l’exploitation, l’obligation d’accorder un repos régulier au travailleur, la recherche des moyens de permettre au plus grand nombre d’avoir accès aux moyens de produire des richesses, les mesures en faveur des personnes qui ne pouvaient pas ou difficilement travailler. 

Image de deux personnes en train de se soutenir dans le travail.

Quand le travail est vécu dans le respect d’un certain nombre de normes de justice, même un peu minimales, et que chacun entretient un cadre caractérisé par une forme de solidarité, alors le travail a le potentiel de devenir une voie vers une réelle amélioration des conditions de vie pour des personnes et des populations en situation de pauvreté. De lieu de souffrance et d’exploitation, il devient un espace de respect de la dignité dans lequel le faible est fortifié et apporte sa contribution à la vie humaine en famille et en société. 

Et en tant que chrétiens ? 

Le travail est donc une réalité bonne en elle-même et pourtant sérieusement endommagée par le péché. Il peut être un lieu d’exploitation et de souffrance mais il reste le moyen de tirer notre pain de la terre. Il garde le potentiel de produire des choses bonnes et belles et d’accomplir la mission confiée à l’humanité au commencement. 

Pour les chrétiens, Jésus a renouvelé le sens du travail : en venant sur la terre, le Fils de Dieu a accepté pendant toute une partie de sa vie d’exercer un métier, celui de charpentier (cf. Marc 6.3). L’apôtre Paul appelle les « serviteurs » (c’est le mot « esclave » qui est utilisé) à faire tout ce qu’ils font de toute leur âme, comme pour le Seigneur, et non pour des hommes (Colossiens 3.23). Il est possible de servir le Christ dans et par son travail même dans des conditions sociales difficiles. Et pas uniquement en annonçant l’Évangile à ses collègues, à son patron, à ses prestataires ou à ses clients ! C’est le travail lui-même qui est une forme de « ministère » et ses fruits servent à vivre dignement au sein de la société et également à partager avec les personnes qui en ont besoin – d’abord avec nos frères et sœurs en Christ et plus largement avec nos frères et sœurs en humanité. En orientant notre travail vers Jésus nous marquons que ce n’est pas la vanité qui aura le dernier mot mais que nous croyons que toutes choses dans les cieux et sur la terre seront un jour réunies sous un seul chef, le Christ (cf. Éphésiens 1.10). Alors le fruit du travail humain entrera dans la nouvelle création (cf. Apocalypse 21.24 et 26). Que cette espérance anime notre travail aujourd’hui – et certainement des personnes vivant dans la pauvreté pourront aussi en profiter. 

Pour aller plus loin