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Repentance, foi et implication sociale : quel est le rapport ?

L’appel à la repentance et à la foi se situe au cœur du message biblique. Nous ne faisons pas toujours le lien avec les questions sociales et le souci des pauvres. Pourtant quelque chose d’essentiel se joue là pour une action chrétienne dans un monde en détresse. Voici quelques indications pour expliquer pourquoi.

Image d'une étude biblique commune.

Se repentir et croire : ces deux expressions nous renvoient au domaine spirituel – certains diraient : à la religion. Implication sociale : ces mots nous parlent des réalités terrestres, de notre monde – certains diraient : du concret. 

Y a-t-il un rapport entre la repentance et la foi d’un côté et l’implication sociale de l’autre ? Oui !

Le théologien René Padilla avait dit lors du premier congrès de Lausanne que la repentance implique de se tourner du péché vers Dieu dans le monde. Ce n’est pas quelque chose qui se limite à ce qui se passe dans notre cœur et encore moins à ce qui se passe dans notre tête. Ce n’est pas une simple affaire de « vie privée » ou de « convictions personnelles ». Il s’agit de changer de manière de vivre : dans notre relation avec Dieu d’abord mais aussi dans notre relation avec notre prochain, dans notre comportement social, dans notre gestion des biens de ce monde.

Quand quelqu’un se repent et qu’il croit, tout commence à bouger. Parfois cela met du temps à se voir. Cela peut aussi aller très vite. Quand Zachée rencontre Jésus, il déclare aussitôt après son entrevue avec lui : « Voici Seigneur : Je donne aux pauvres la moitié de mes biens, et si j’ai fait tort de quelque chose à quelqu’un, je lui rends le quadruple. » (Luc 19.8) À Éphèse, quand les gens se repentent et croient, il y en a pour cinquante mille pièces d’argent de livres de sorcellerie qui brûlent et c’est tout le commerce d’idoles de la ville qui se met à trembler (Actes 19.19 et 24-27). Ce n’est donc visiblement pas neutre en termes économiques ! 

Qu’en est-il pour nous ? Y a-t-il une traduction sociale, politique, économique, écologique à notre repentance et à notre foi ? 

Une question de cohérence et d’authenticité 

Il s’agit au fond d’une question de cohérence et d’authenticité. La repentance et la foi commencent dans le cœur, elles s’expriment dans la confession de foi et dans la confession des péchés et elles portent du fruit dans une vie transformée.

L’histoire de Jean-Baptiste le montre. Envoyé pour prêcher la repentance, il demandait à ceux qui recevaient son message un acte fort : se faire baptiser. En étant ainsi plongés dans le Jourdain, les gens reconnaissaient devant Dieu et devant les autres qu’ils étaient sales et qu’ils avaient besoin d’être lavés.

 Mais Jean ne se contentait pas de ce signe visible. Plusieurs en effet venaient au baptême sans revenir sincèrement à Dieu. C’est pourquoi Jean parlait aussi des fruits de la repentance. 

Lesquels ? 

« Que ferons-nous donc ? » demandent les foules (voir Luc 3.7-10). 

La réponse peut nous surprendre. Elle ne parle pas de lire la Bible et de prier, ni de témoigner à nos amis de ce que le Seigneur a fait pour nous. Elle ne parle pas non plus de nous mettre en règle par rapport à tel ou tel péché caché. Toutes ces choses sont importantes et vont certainement avec la repentance. Mais Jean-Baptiste répond ici : « Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n’en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même. » (Luc 3.11) Le fruit de la repentance… c’est de s’occuper des pauvres ! Si je vis dans une relative abondance, mon retour à Dieu et mon renoncement au péché se marqueront par le fait de donner à celui qui est dans le besoin.

Aux péagers et aux soldats, Jean-Baptiste donne des consignes pour qu’ils vivent différemment en tant que péagers et que soldats – en particulier dans leurs rapports avec les plus vulnérables qu’ils pouvaient être tentés d’escroquer ou de maltraiter (Luc 3.12-14). La repentance concernait donc bien leur vie dans le monde.

Si la repentance et la foi ne s’expriment pas dans notre vie quotidienne, et notamment envers ceux qui sont vulnérables, ce n’est pas cohérent ! Si je me tourne authentiquement vers Dieu et que je tourne le dos à ce qui lui déplaît, je dois logiquement me préoccuper de ses priorités : l’amour de Dieu et l’amour du prochain. 

Ce qui se joue dans la rencontre avec Dieu

 Mais les humains sont souvent si peu logiques, si peu cohérents, si contradictoires même. On ne peut pas espérer les amener à changer uniquement en leur montrant ce qu’ils devraient faire s’ils tiraient les conséquences « naturelles » de leur engagement de repentance et de foi.

L’expérience nous montre que nous sommes souvent capables d’affirmer haut et fort (et peut-être même plus ou moins sincèrement) certaines choses et de vivre d’une manière qui raconte une tout autre histoire : nous pouvons parler du pardon de Dieu en refusant de pardonner à celui qui nous a fait du mal ou dire que nous croyons en un Dieu de justice tout en nous accommodant de l’injustice dans notre vie ou dans celle de notre nation.

La repentance et la foi se jouent dans la rencontre avec Dieu. Il ne suffit pas de comprendre que le Seigneur est bon pour nous montrer bons à notre tour. Il faut aussi le goûter. La repentance et la foi viennent quand Dieu touche notre cœur par sa bonté alors que nous-mêmes nous n’avons pas été bons et c’est à ce moment-là que nous pouvons vraiment avoir envie de faire goûter aux autres quelque chose de cette bonté.

La Bible parle aussi d’avoir un esprit brisé, un cœur brisé et contrit (cf. Psaume 51.19). Certains sont foudroyés par la révélation de qui est Dieu, d’autres le découvrent plus progressivement, mais tous doivent revenir quotidiennement au Christ en qui le visage favorable de Dieu nous est montré. Cette grâce de Dieu enseigne plus efficacement que tout le reste à pratiquer la justice (cf. Tite 2.11-13 ; 3.4-8).

C’est dans ce retour et cet attachement quotidien à la grâce de Dieu en Jésus-Christ, dans cette repentance et cette foi, dans cette rencontre personnelle, que se trouve la source d’une implication sociale spécifiquement chrétienne. 

Conclusion

Quel paradoxe ! Alors que la repentance et la foi d’un côté, l’implication sociale de l’autre semblent deux sujets tellement différents, tout cela est en réalité intimement lié. 

  • La repentance et la foi bien comprises et authentiquement vécues en relation personnelle avec le Dieu de Jésus-Christ conduisent naturellement à l’implication sociale, au souci du pauvre, à l’amour du prochain.
  • Une implication sociale, un souci du pauvre qui sont authentiquement chrétiens ne peuvent jamais faire l’économie d’un retour régulier – constant – à Dieu, à Jésus, à la grâce, dans la repentance et dans la foi.

 Comme Jean-Baptiste insistons toujours sur les fruits de la repentance et les conséquences d’un engagement de foi. Comme Paul rappelons toujours la grâce comme source de toute œuvre réellement bonne.

Pour en savoir plus

Daniel Hillion, Directeur des études au SEL.
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Daniel Hillion
Directeur des études au SEL

Daniel Hillion est directeur des études au SEL. Il est notamment chargé de développer la réflexion biblique et théologique du SEL sur les sujets en lien avec la pauvreté.