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L’amour de Dieu, moteur d’une solidarité sans frontières

Reconnaître la dignité de chaque personne, bâtir des ponts avec la société civile et soutenir les efforts locaux dans les pays du Sud : Sean Copeland, directeur général de Tearfund Irlande, rappelle que l’action des chrétiens face à la pauvreté, au près comme au loin, est à la fois un témoignage de foi et un acte de justice.

Groupe de personnes réunissant leur poings en signe d'unité.

Daniel Hillion : Pourquoi pensez-vous qu’il est important pour les chrétiens occidentaux de se préoccuper des personnes qui vivent dans la pauvreté dans des pays du Sud ?

Sean Copeland : Fondamentalement parce que c’est ce qu’il est juste de faire. En tant que chrétien, je crois que tous les humains sont créés en image de Dieu. Par conséquent, je crois que chaque personne a une dignité intrinsèque. Comment donc pourrais-je ignorer la détresse de personnes qui vivent dans la pauvreté ou dans des systèmes d’injustice et d’oppression ? Les chrétiens en Europe ont une responsabilité de manifester qui est Dieu : qu’il est amour, qu’il est bon, que la justice et le droit sont la base de son trône (Psaume 97.2 et 89.15) et qu’il aime que la justice soit accomplie dans le monde.

DH : Que diriez-vous à ceux qui répondraient que nous avons tant à faire au près que nous ne pouvons pas nous investir pour ceux qui souffrent de la pauvreté au loin ? 

SC : Ce sont de vraies questions mais trop souvent ces discussions deviennent très clivantes. Il y a ceux qui, comme moi, pensent nous devrions nous impliquer ; d’autres pensent que non. Il s’agirait de trouver un terrain commun. Où est-ce que l’Église et les pouvoirs publics partagent le même intérêt à répondre aux besoins des pays à faibles revenus ? En Éphésiens 3.10, l’apôtre Paul dit que l’intention de Dieu est que sa sagesse soit manifestée par l’Église. Je pense que l’Église peut vraiment manifester de la sagesse et de la créativité en répondant à ces grands défis. Une si grande partie de l’Église s’est repliée sur elle-même pour ne s’occuper que de choses « spirituelles ». Mais si nous trouvons le moyen de dialoguer avec la société civile, nous pouvons poser des questions comme : quelles sont les valeurs partagées que nous voulons promouvoir ? Nous avons des richesses matérielles mais nous agissons avec une mentalité marquée par la pauvreté : nous pensons qu’il nous faut garder notre petite part de gâteau plutôt que de la partager avec les autres. Mais si nous nous rendons compte qu’il est vraiment meilleur de donner que de recevoir, de manifester la bonté de Dieu, alors nous pourrons avoir une approche plus globale pour ce qui est de résoudre les questions de pauvreté et d’injustice. 

DH : Pouvez-vous en dire plus sur ce qui relève du rôle des chrétiens, de l’Église, de la société, de l’État ? 

SC : Nous sommes limités dans nos capacités mais si nous travaillons tous ensemble, il y a une forme de solidarité qui émerge et peut avoir un effet. Nous pouvons nous demander comment encourager nos pouvoirs publics quand ils ont tendance à se retirer dans une forme d’isolationnisme. Comment leur indiquer ce que nous pensons être la bonne chose à faire ? Ici en Irlande, le gouvernement n’a pas réduit son aide publique au développement – contrairement à de nombreux pays qui ont davantage investi dans la défense. La raison tient à ce que nos autorités se sont rendu compte que l’aide internationale est une forme de sécurité internationale. Nous aidons des pays à se développer et à construire une forme de résilience. Par conséquent les populations concernées n’ont pas besoin d’émigrer. 

DH : Quelles sont les formes d’action les plus pertinentes pour agir dans les pays du Sud actuellement ? 

SC : Je pense que nous avons besoin des grands financeurs internationaux. Mais nous pouvons aussi travailler au niveau le plus local. C’est là que les chrétiens, l’Église ou des organisations comme les membres de la Tearfund Family, ont une vraie opportunité d’aider les gens à participer à la résolution du problème. En ce qui nous concerne, nous travaillons avec des partenaires locaux qui connaissent les besoins, le contexte, les solutions. Nous cheminons avec eux, nous construisons des relations, nous pleurons avec eux, nous prions avec eux, nous nous réjouissons avec eux. C’est dans le cadre de cette relation que nous pouvons fournir un apport financier qui les rendra capables de faire ce qu’eux savent être nécessaire. Nous voyons des communautés entières être transformées. 

DH : Dans le contexte difficile dans lequel nous vivons quelles sont les raisons d’espérer ? 

SC : Je suis convaincu que Dieu est bon et qu’il est vraiment amour. Plus nous sommes capables de repenser nos perspectives et de renouveler notre mentalité en fonction de ces vérités plus nous pouvons vivre dans l’espérance. Ici en Irlande, j’ai récemment participé à une rencontre d’ONG internationales. On y constatait que l’approche basée sur les droits humains perdait de son emprise dans notre société. S’il en est ainsi, sur quelles valeurs allons-nous fonder nos activités ? Cela m’a donné l’occasion de dire : « Je suis chrétien et ma foi représente la motivation pour ma façon de travailler. Je crois que nous sommes tous créés en image de Dieu. » En savoir plus sur TearFund La famille Tearfund est un groupe d'une dizaine d’œuvres chrétiennes indépendantes. A sa création en 1980, le SEL est le français des Tearfund. En 2017 nous avons signé une déclaration commune, et depuis, les chantiers collaboratifs se multiplient. Cette famille internationale est axée sur le développement communautaire, la sensibilisation, le plaidoyer.