La force insoupçonnée des plus faibles
La Bible présente Dieu comme celui qui soutient et gouverne toute chose, mais cette vision de la providence ne nous invite pas à la passivité. Au contraire, elle fonde une vie de responsabilité, de solidarité et d’espérance, où chacun est appelé à agir tout en reconnaissant que tout dépend ultimement de Dieu.
Le Dieu de la Bible est le Dieu de la providence. Il soutient, dirige et gouverne tout ce qu’il a fait. Il est continuellement à l’œuvre au cœur de sa création et en prend soin. L’apôtre Paul dit qu’il « donne à tous la vie, le souffle et toutes choses » et qu’« en lui nous avons la vie, le mouvement et l’être » (Actes 17.25 et 28).
Entre dépendance et action
La vision biblique de la providence n’a rien de déresponsabilisant. Elle ne conduit pas à dire que puisque Dieu opère tout selon la décision de sa volonté (cf. Éphésiens 1.11), nous n’avons plus qu’à nous laisser porter passivement. Au contraire, elle nous enseigne que parce que Dieu opère en nous le vouloir et le faire selon son dessein bienveillant nous devons être actifs et mettre en œuvre notre salut avec crainte et tremblement (cf. Philippiens 2.12-13).
En effet, dans la manière dont il met en œuvre sa providence, Dieu donne un rôle réel à ses créatures et il fait habituellement usage de moyens. Il fait en particulier en sorte que les humains soient des personnes qui font une différence dans le monde et dont l’action a une certaine dose d’efficacité.
Dans l’histoire que Dieu écrit et dans la tâche qu’il confie à l’humanité, nous dépendons radicalement de notre Créateur… mais souvent via les autres créatures : il nous donne la vie et le souffle à chaque instant, mais cela n’empêche pas que nous avons besoin de manger pour vivre, de travailler pour manger et de la société humaine avec son organisation pour pouvoir travailler. Les exemples pourraient se multiplier.
Aider sans écraser
Tout ceci peut nous inspirer dans notre engagement auprès de celles et ceux qui vivent dans la pauvreté. Nous ne devrions jamais nous mettre dans la position du héros de l’histoire ou du sauveur de la veuve et de l’orphelin. C’est Dieu, dans sa providence, et suprêmement dans son œuvre de salut en Jésus-Christ, qui élève les humbles et rassasie de biens les affamés – tout en jugeant leurs oppresseurs (cf. Luc 1.52-53). C’est de lui que tout dépend radicalement et en dernière analyse.
Mais Dieu nous confie un rôle qui devrait compter pour ceux qu’il met sur notre chemin et en vue du bien commun de la société. Plus encore, une action qui va dans le sens de l’œuvre providentielle du Créateur nous conduira à faire de la place à notre prochain, à lui permettre de laisser éclore quelque chose des potentialités qu’il lui a accordées. Il faut parfois secourir, aider, prendre en charge. Mais notre vision à long terme devrait nous conduire à encourager et à renforcer ce que notre prochain peut être et faire. Il est image de Dieu et ne devrait pas être réduit à quelque chose de moins ! On utilise parfois le mot de subsidiarité pour cette idée de ne pas se substituer à ce qu’une personne ou un groupe peut faire tout en intervenant en soutien et en visant un renforcement de leurs capacités là où ils se trouvent empêchés.
Au-delà de ce que l’on voit
Essayons d’aller un peu plus loin : dans les liens de solidarité qui relient les humains les uns aux autres et dans les voies mystérieuses de la providence divine, la vie, l’action, la persévérance, la prière parfois, des plus faibles aux yeux du monde peuvent avoir une importance réelle voire cruciale que nous tendons à sous-estimer parce qu’elle ne nous apparaît pas immédiatement. L’apôtre Paul dit que dans l’Église les membres du corps qui paraissent être les plus faibles sont nécessaires (cf. 1 Corinthiens 12.22). Ce qui est vrai de la nouvelle humanité l’est certainement aussi de la première humanité et de la société en général.
Nous vivons dans un monde qui tend à ne penser qu’en termes de compétition, de performance et d’intérêt (même sur le plan collectif, nous parlons davantage d’« intérêt général » que de bien commun). Cela ne favorise ni le fait de rechercher authentiquement le bien du prochain et de la société ni celui de valoriser et de recevoir humblement la contribution de ceux qui paraissent être les plus faibles. Mais n’est-ce pas la voie que devraient emprunter à la suite de Jésus ceux qui veulent chercher d’abord le Royaume de Dieu et sa justice ? Et si nous le faisions, nous pourrions être très surpris de tout ce que nous recevrions « en plus », « par surcroît ». Pour cela, cependant, nous avons besoin d’être convaincus au plus profond de notre cœur que Dieu est notre Père, qu’il sait de quoi nous avons besoin et qu’il prend soin de nous. Ce qui nous ramène à la foi en la providence qui doit sous-tendre toute notre vie sur cette terre.