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Une méditation de Dominique Angers sur Galates 6.10 [Partie 1]

A l'occasion de la Journée du SEL 2020 et de la campagne "Faire le bien", Dominique Angers nous propose une réflexion sur un verset de l'épître aux Galates.

Pour la journée du SEL 2017, Dominique Angers avait écrit un texte intitulé « Plaidoyer pour un engagement envers les pauvres fondé sur la grâce ». En 2020, il nous propose une nouvelle réflexion autour d’un verset bien connu de l’épître aux Galates.

Le court texte de Galates 6.10 est clair et direct : « Faisons du bien à tout le monde. » Certes, cette brève exhortation ne concerne pas uniquement les actions destinées à soutenir les plus pauvres. Néanmoins, son champ d’application inclut sans contredit les victimes de la pauvreté.

Reconnaissons d’emblée que les non-chrétiens font souvent le bien beaucoup mieux que nous. Je suis régulièrement bouche-bée devant la capacité qu’ont des non-croyants à faire du bien aux autres, à s’occuper des délaissés, à rendre service en se sacrifiant – y compris en aidant les plus démunis. Cela étant, faire le bien en tant que chrétien est quelque chose de particulier et d’unique. C’est ce que nous démontrent le contexte immédiat de notre verset (Galates 6.7-10) ainsi que l’ensemble de l’épître aux Galates.

Considérons d’abord le sens de l’exhortationde l’apôtre Paul et le cadre dans lequel elle s’inscrit. Puis, explorons quelquesapplications possibles en rapport avec les gens de notre entourage etd’ailleurs qui se retrouvent en situation précaire.

Le sens de l’exhortation de Paul et le cadre dans lequel elle s’inscrit

Notre texte se situe vers la fin de l’épître auxGalates. Il s’agit d’un aboutissement, d’une conclusion logique. Si nous ledétachons de ce qui précède, cela aboutira à une forme de « prêchi-prêcha »en mode « faites ceci, faites cela ». Or l’apôtre Paul dit quelquechose de bien plus profond ici.

En Galates 6.8 (deux versets avant le nôtre),l’apôtre emploie une expression très riche lorsqu’il désigne « celuiqui sème pour l’Esprit ». L’image de la semence et de la moisson (versets7-8) évoque la conduite sur terre (la semence) suivie du jugement final (larécolte). Or semer pour l’Esprit, c’est semer pour plaire à l’Esprit, vivrepour lui être agréable. C’est se soumettre à ses directives. La personne quichoisit cette manière de vivre moissonnera la vie éternelle, c’est-à-dire lesalut final.

Le lecteur qui isolerait les versets 7-8 del’ensemble de l’épître pourrait être tenté d’adopter une théologie du méritequi prônerait : « Vis pour plaire à l’Esprit et tu gagneras tonciel ! » Or dans tout ce qui précède dans cette épître, Paul s’estévertué à désamorcer ce type de raisonnement (voir par exemple Galates 2.16 surla justification par la seule foi en Jésus-Christ). Ce qu’il faut plutôtcomprendre, c’est que notre texte (Galates 6.7-10) décrit les effets de la foi. Ces effets sontproduits en nous par l’action de l’Esprit. Comme le disaient les Réformateurs,les œuvres constituent la preuve de l’authenticité de la foi.

Pourtant, on ne peut pas tout simplement se dire :« J’ai la foi (en Christ), alors je vais tranquillement attendre que mafoi produise des fruits, des œuvres. » Au contraire, notre passage est unappel à la responsabilité. C’est un appel à l’action, à l’activité.

Concrètement, comment fait-on pour « semerpour l’Esprit » (pour vivre de manière à plaire à l’Esprit ») ?Paul répond à cette question dans les versets 9-10. En gros, semer pourl’Esprit, c’est faire du bien à tout le monde ! Quand on fait du bien auxautres, on sème pour l’Esprit.

Or faire le bien, ce n’est ni avoir des conversationsinterminables au cours desquelles nous refaisons le monde, ni aimer l’humanité entière…tout en restant assis ! C’est plutôt : poser des gestes précis paramour.

Comment pratiquer le bien selon la Bible ?

Lisons notre verset 10 enentier :

10 Ainsi donc, tant que nous en avons l’occasion, faisons du bien à tout le monde, et en premier lieu à ceux qui appartiennent à la famille des croyants. (Galates 6.10)

Dépendre du Saint-Esprit…

L’expression « ainsi donc […] » (audébut du verset) est d’une importance capitale. Elle renvoie à toutel’exhortation antérieure (pas seulement au verset 9). C’est une manièred’indiquer que le verset 10 est la conséquence logique de ce qui précède. Dansl’exhortation du chapitre 5 et du début du chapitre 6, Paul a beaucoup parlé dela vie vécue par l’Esprit Saint. Il nous a encouragés à mener notre vie dans ladépendance du Saint-Esprit et non pas en vivant selon la chair (c’est-à-direselon les désirs de l’homme livré à lui-même). Il nous a parlé du fruit del’Esprit (en Galates 5.22-23), c’est-à-dire du fruit que l’Esprit produit ennous : l’amour, la joie, la paix, la patience, l’amabilité, la bonté, lafidélité, la douceur et la maîtrise de soi.

En définitive, nous ne pouvons réellementpratiquer le bien qu’en dépendant totalement du Saint-Esprit. Suivons bien leraisonnement de Paul. Dans notre texte et son contexte immédiat (Galates6.7-10), Paul nous demande de semer pour l’Esprit. Mais avant cela (au chapitre5 et au début du chapitre 6), il nous a dit que nous pouvions porter le fruitde l’Esprit. Or ces deux aspects sont étroitement liés.

… pour manifester le fruit de l’Esprit

Nous portons le fruit de l’Esprit grâce à sonaction en nous ; puis nous semons pour l’Esprit. Nous avons affaire à ungenre de « cycle de l’Esprit ». À l’image de ce qui se produit dansla nature, où les fruits des arbres déposent de nouvelles semences dans laterre, c’est grâce au fruit que l’Esprit porte en nous (l’amour, la joie, lapaix, la patience, et ainsi de suite) que nous pouvons de nouveau semer pourl’Esprit. Autrement dit, nous semons pourl’Esprit, mais nous semons aussi parl’Esprit (grâce à lui) ! Si je devais semer pour l’Esprit par mespropres forces, je m’épuiserais très vite. Mais l’Esprit lui-même me permet de semerpour l’Esprit – c’est-à-dire de faire le bien envers tous.

Notre capacité à faire le bien nous vient de Dieu

Ceci est unique au christianisme ! Comme l’adit le théologien chrétien Saint-Augustin au Ve siècle : avecla grâce du Christianisme, « Dieu ordonne ce qu’il donne ». Autrementdit, quand Dieu ordonne quelque chose aux chrétiens, il leur donne tout lenécessaire pour qu’ils soient en mesure d’obéir. Dieu ordonne ce qu’il donne,et il donne ce qu’il ordonne. Ici : il ordonne de semer pour l’Esprit (enfaisant le bien), et il nous donne le fruit de l’Esprit (pour y parvenir).

En principe, quand on fait le bien en tant quechrétien, on ne vide pas son réservoir d’énergie parce que Dieu en renouvelleconstamment le contenu. Plus on utilise de ressources, plus on dispose d’unequantité importante de réserves (c’est le fameux « cycle del’Esprit »). Plus on dépense, plus le compte en banque se remplit !

Toujours au verset 10, Paul déclare : « faisonsdu bien à tout le monde », c’est-à-dire à toutes les personnes que nousavons l’occasion de rencontrer et d’aider. Cela rejoint l’idée de l’amour du« prochain » dans l’enseignement de Jésus. Paul pense à la fois à« ceux qui appartiennent à la famille des croyants » et auxnon-chrétiens.

Conclusion

Résumons. Notre texte constitue un appel à l’action et à la vigilance à l’approche du jugement. Mais cet appel est fondé sur la grâce de Dieu et sur la présence de l’Esprit en nous. Ne faisons pas le bien pour gagner notre ciel, nous n’y parviendrons jamais ! Ne pratiquons pas le bien pour nous justifier nous-même. C’est Dieu qui nous déclare juste, sur le seul fondement des mérites de Christ. Le bien que nous faisons est une réponse de reconnaissance à Dieu. Faisons le bien parce que Dieu nous a fait du bien en Christ. Comment s’y est-il pris ? Il nous a déclarés justes ! Nous n’avons plus à craindre son jugement. Reposons-nous en Christ et puisons dans la grâce la force nécessaire pour faire le bien.

Retrouvez ici quatre principes d’application dans la deuxième partie de cet article de Dominique Angers !

Pour en savoir plus sur la Journée du SEL, rendez-vous sur le site du SEL.