Témoignages recueillis à la Maison de l'Espoir

Bayssa : "Pourquoi moi ?"

"J'avais 7 ans, quand ma mère a été tuée sous mes yeux par des miliciens. Elle était là par terre, nous la regardions ma soeur, mon petit frère et moi.

Mon père a dû s'enfuir pour leur échapper. On nous a mis chez ma grand-mère mais je n'ai pas pu y rester.

Seul, dans la rue, j'ai appris à voler pour manger, je n'avais pas encore d'arme mais ça n'allait pas tarder. Je pensais que Dieu ne m'aimait pas, sinon Il n'aurait pas permis qu'il m'arrive cela. Pourquoi moi ?

Je n'en pouvais plus des violences de la rue, c'est impensable ce qui se passe dans la rue : on te pique à la seringue, on te brûle du plastique fondu sur les bras, on te lapide. Et tu fais pareil pour survivre...

Quand je croisais des parents avec leurs enfants dans la rue, je me disais toujours, pourquoi pas moi ?

Un jour, j'ai été embarqué par une rafle de la police. Ils nous ont emmenés dans des grands camions, loin dans la forêt.

Puis, une délégation de l'Unicef est venu en rechercher quelques-uns, les plus jeunes, pour nous envoyer dans des foyers. J'en faisais partie : pourquoi moi ?

Après un certain nombre d'étapes, j'ai rencontré les responsables de la "Maison de l'Espoir" et avec eux, j'ai compris qu'il n'y avait pas, d'un côté ceux qui vivent bien et de l'autre ceux qui vivent mal, mais que je pouvais moi aussi vivre bien et me confier en Dieu."

 

Talino : "j'ai grandi le coeur et la tête vides"

"J’avais 5 ans quand des soldats sont venus tout casser dans notre maison. Ils ont battu mon papa, jusqu’à la mort, sous nos yeux. Ma mère s’est enfuie.

J’ai juste gardé une parole d’elle : "Bientôt, tu seras seul, il faudra te débrouiller".

Mon petit frère était vraiment triste. Quelques mois plus tard, il est mort lui aussi. On m’a placé chez une tante, mais elle me maltraitait. Alors je me suis enfui en ville, je dormais dans le cimetière. Je suis devenu un brigand.

Un jour, j’ai croisé une religieuse indienne qui aidait les enfants comme moi. Quelque temps après, elle nous a expliqué qu’elle ne pouvait plus nous aider, qu’elle n’avait plus d’argent.

Retour dans la rue ! Après tout ça, Dieu ne pouvait pas exister, pour moi, c’était impossible ! (…) »

Avec les autres, j'ai quand même prié ce Dieu qu’on ne connaissait pas bien, pour avoir une maison.

Lui, Il nous connaissait !

J’ai grandi le cœur et la tête complètement vides, mais ici je les remplis."

 

Lire aussi l'interview d'Hélène A., responsable de la "Maison de l'Espoir "