Une « transformation intérieure » nécessitant un soutien alimentaire

Filles accueillies au centre BOMO, montrant leurs créations

J'avais entendu parler du ministère de « maman Hélène » auprès des « prostituées de la misère » comme elle les appelle, ainsi que du Centre d'hébergement et de réinsertion sociale : le centre BOMO. Maman Hélène avait créé ce centre pour accueillir et donner une formation à celles qui voulaient s'en sortir. Mais se rendre sur place et observer de près la situation de ces femmes (ou souvent, très jeunes filles), entendre leurs témoignages, c'est voir la réalité en face ! Et on n'en sort pas indemne ! J’ai eu ce privilège lors d'un voyage en République Démocratique du Congo en janvier 2011. J'ai promis d'en témoigner et d'être leur porte-parole.

Ma première visite au Centre coïncidait justement avec le jour de la « rentrée » pour les 12 jeunes filles ayant été sélectionnées pour la 9e session de formation. Elles devront rester pendant onze mois en internat, afin de les éloigner de leur environnement : un des quartiers de prostitution les plus insalubres de la ville de Kinshasa. En plus d'une formation en coupe et couture et autres métiers pour gagner leur vie, elles recevront des cours d'alphabétisation, d'éducation à la vie (hygiène, soins corporels, santé reproductive). Mais surtout, elles bénéficieront d’une écoute et d’un encadrement spirituel grâce à une équipe d'éducatrices et d'évangélistes. Elles repartiront équipées d'une machine à coudre et d'un petit pécule pour leur permettre de s'installer.

La création du centre BOMO en 2004 (contraction du lingala « Bongwana ya Mozindo » qui signifie « transformation profonde ») est la suite logique d'un travail d'évangélisation auprès de ces femmes en grande détresse. Il s'agit également d'un  travail de prévention, comme le montre l’anecdote suivante. Maman Hélène m’a raconté ceci : quand une « maman » du quartier, handicapée des deux jambes, a appris l'ouverture du centre, elle est venue la supplier de prendre sa fille : « comme ça elle pourra gagner sa vie pour nous deux ». Or le nombre de place est limité, le budget étant prévu pour 10 jeunes femmes.

"Chaque année nous faisons ainsi beaucoup d'exceptions, car nous avons beaucoup de demandes de ce type ». Mais peut-on refuser ? Car tu ne peux pas dire à quelqu'un « Dieu t'aime » et ne pas lui donner à manger. Si tu lui dis « arrête » [ta vie de prostitution] elle va me dire, mais je vais manger comment, je vais vivre comment ?"

Evelyne Maire
Membre du Conseil d’Administration du SEL